Une Légende de La Pierre aux Fées
Le chevalier Aymon de Bellecombe avait sollicité la main d'Alice, fille de l'un de ses voisins, le Baron du Châtelet. Ce dernier, sans repousser positivement la demande, met à son consentement une singulière condition. Avant le lever de l'aurore, le prétendant devait transporter dans la plaine quatre de ces grosses pierres que l'on distinguait parfaitement du manoir du Châtelet ; il fallait de plus que de ces pierres il fit une table destinée au festin nuptial.
On comprend que la tâche imposée pouvait équivaloir à un refus déguisé. Aussi, le sire du Châtelet s'applaudissait-il en son for intérieur d'avoir infligé une sorte d'humiliation à Aymon de Bellecombe en lui montrant qu'il avait porté bien haut ses vues téméraires, qu'il avait outrecuidance à lui, brave gentilhomme, mais pauvre, d'aspirer à une telle alliance et de prétendre à la main d'une jeune fille de haute naissance et de beauté renommée.
En conséquence, le Baron du Châtelet s'endormit dans la conviction que le chevalier ne s'aventurerait plus à de nouvelles tentatives et ne franchirait plus le seuil du manoir où il avait essuyé pareil échec.
Mais qui fut trompé ? Le jour n'avait pas encore paru, que, grâce à l'intermédiaire d'une fée bienfaisante, les pierres étaient à la place indiquée, et la table dressée. Pris dans ses propres filets, le fier seigneur du Châtelet, obligé de tenir parole, dut accorder la main d'Alice à l'heureux chevalier de Bellecombe.